Un député d’opposition évacué par la police, des élus de la majorité recadrés par leur propre président — la séance du 29 juin à l’Assemblée nationale sénégalaise a viré à la confrontation ouverte.
C’est une image qui restera. Des policiers en uniforme traversant l’hémicycle pour extraire de son pupitre un élu de la République. Ce lundi 29 juin 2025, le député Abdou Mbow, figure du groupe d’opposition Takku Wallu Sénégal, a été expulsé de force de l’Assemblée nationale sur ordre de son président, Ousmane Sonko.
Le motif : avoir refusé de quitter son pupitre après le rejet d’une motion qu’il venait de soumettre.
Une motion enterrée, un bras de fer qui commence
Dès l’ouverture de la séance plénière consacrée à l’examen de la proposition de révision constitutionnelle, Abdou Mbow monte au créneau. Il réclame une suspension du processus, au profit d’une « large concertation » nationale. La démarche est politique, le résultat prévisible : le groupe Pastef, fort de ses 130 sièges sur 165, balaie la motion sans hésiter.
Mais le député refuse d’en rester là. Campé à son pupitre, il ignore les rappels à l’ordre répétés de Sonko. La tension monte d’un cran.
L’incident : d’abord les élus, puis la police
Face à ce qu’il qualifie d’« entêtement », le président de l’Assemblée voit d’abord des députés Pastef se lever pour tenter d’écarter eux-mêmes leur collègue. Sonko les stoppe net et leur ordonne de regagner leurs sièges.
Une dizaine de minutes plus tard, des policiers interviennent. Abdou Mbow est évacué manu militari, sous les acclamations d’une partie de l’hémicycle.
Sonko hausse le ton — y compris contre les siens
Après l’expulsion, Sonko prend la parole. Le ton est ferme, sans concession : « Sous ma présidence, aucun député ne pourra imposer ses règles. Le règlement intérieur sera la boussole de tous. »
Mais c’est contre son propre camp qu’il se montre le plus sévère. Il tance publiquement les élus Pastef qui ont voulu prendre les choses en main :
« Des consignes ont été données et vous les avez violées. On ne relève pas un député. Le président de l’Assemblée nationale et les policiers font ce travail. C’est déplorable. Un parti doit avoir une discipline. »
Un recadrage rare : le chef de parti reprenant ses propres troupes en direct, depuis le perchoir.
Ce que cela révèle
Au-delà de l’incident protocolaire, la séquence illustre les tensions qui entourent ce chantier constitutionnel. L’opposition dénonce une réforme menée en force. La majorité, elle, veut avancer — quitte à bousculer les procédures et à gérer ses propres débordements.
La révision de la Constitution sera examinée, avec ou sans l’opposition dans l’hémicycle.

