La tension monte entre Dakar et ses partenaires financiers internationaux. En ligne de mire : le manque de transparence autour de certains montages financiers utilisés par le gouvernement sénégalais, notamment les Total Return Swaps (TRS).
Alors que les autorités défendent une stratégie innovante pour soulager les finances publiques, le Fonds monétaire international (FMI) hausse le ton et réclame davantage de clarté.
Une stratégie jugée efficace par Dakar
Le ministre des Finances Cheikh Diba assume pleinement le recours à ces instruments financiers complexes. Selon lui, ces opérations, menées entre avril et novembre 2025, ont permis de réduire significativement le coût de financement du pays.
À la clé : un rendement estimé à 7 %, bien inférieur aux 11 à 12 % exigés sur les marchés des euro-obligations. Une différence qui aurait généré près de 36 milliards de francs CFA d’économies, soit environ 64 millions de dollars.
Le ministre assure également que le FMI avait été informé de ces mécanismes dès leur mise en place.
Le FMI réclame des détails
Une version nuancée par l’institution de Washington. Si le FMI confirme avoir été informé de l’existence de ces swaps, il déplore en revanche un manque crucial de transparence sur leurs conditions exactes.
« Les autorités sénégalaises ont informé les services du FMI de plusieurs transactions de type “total return swap” », reconnaît un porte-parole. Avant d’ajouter : « les termes spécifiques de ces accords n’ont pas encore été communiqués ».
Un flou qui inquiète, d’autant que ces montages pourraient inclure des clauses avantageuses pour certains créanciers, selon des révélations du Financial Times.
Un risque majeur pour la dette du Sénégal
Au-delà du débat technique, l’enjeu est de taille : la qualification de ces opérations.
Le FMI est clair : ces swaps pourraient être intégrés comme dette extérieure dans ses analyses de viabilité. Une décision lourde de conséquences pour un pays déjà fragilisé sur le plan financier.
Car la crédibilité du Sénégal a été mise à mal ces derniers mois. Depuis septembre 2024, un programme d’aide de 1,8 milliard de dollars est gelé, après la découverte d’irrégularités dans la gestion de la dette sous l’ancien régime de Macky Sall.
Une confiance encore fragile
Privé d’accès aux marchés obligataires internationaux, le Sénégal dépend désormais davantage des financements régionaux. Dans ce contexte, la transparence devient un enjeu clé pour rassurer les investisseurs et relancer les négociations avec ses partenaires.
Mais tant que les détails des accords ne seront pas pleinement dévoilés, le climat de méfiance risque de perdurer.
Pour Dakar, l’équation est désormais claire : prouver la solidité de sa stratégie financière… ou risquer de voir ses efforts remis en question sur la scène internationale.
