Garde républicaine : l’histoire méconnue d’un corps d’élite né à Thiès et dissous en 1969

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Créée à partir des anciennes gardes coloniales, la Garde républicaine du Sénégal, corps d’élite basé à Thiès, a assuré la sécurité publique, pénitentiaire et institutionnelle entre les années 1950 et 1969, avant d’être dissoute au profit du Groupement mobile d’intervention (GMI) et de l’administration pénitentiaire.

Un corps d’élite au cœur du dispositif sécuritaire sénégalais

Implantée principalement au Camp Tropical de Thiès, la Garde républicaine s’impose, dès les premières années de l’indépendance, comme un pilier des forces de défense et de sécurité.

Héritière de la Garde cercle puis de la Garde territoriale, elle voit son rôle évoluer avec la loi-cadre Defferre du 23 juin 1956, qui restructure les territoires d’Afrique occidentale française (AOF). À partir de là, ses missions sont recentrées sur le territoire sénégalais.

Déployée à l’échelle nationale, elle assure plusieurs fonctions stratégiques :

sécurité des édifices publics surveillance des frontières maintien et rétablissement de l’ordre gestion et gardiennage des établissements pénitentiaires

Thiès, centre névralgique de la Garde républicaine

Le Camp Tropical de Thiès constitue le cœur opérationnel du corps. C’est là que se structurent les unités, les formations et les interventions.

Sous le commandement de Ba Tamsir, nommé après l’indépendance, la Garde républicaine connaît une modernisation importante :

construction de casernes et logements (“Rang-poosé”) amélioration des équipements et de la logistique extension du réseau électrique dès 1962 bitumage des routes et construction d’infrastructures sociales édification d’un château d’eau et d’un mur d’enceinte sécurisé

Des installations voient également le jour dans plusieurs régions, notamment à Dakar, Saint-Louis, Diourbel, Kaolack, Oussouye et Kolda.

1968 : un rôle clé lors des troubles universitaires

Lors de la crise estudiantine de mai 1968, qui ébranle le pouvoir du président Léopold Sédar Senghor, la Garde républicaine est en première ligne.

Déployée sur le campus de l’Université de Dakar, elle procède à l’évacuation des étudiants sénégalais et sécurise les lieux. Les étudiants étrangers, eux, sont rapatriés via des vols spéciaux de la compagnie Air Afrique.

Cet épisode marque durablement la mémoire collective et illustre le rôle central du corps dans le maintien de l’ordre.

1969 : dissolution et réorganisation des forces de sécurité

Le 26 février 1969, la Garde républicaine est dissoute dans le cadre d’une réforme des forces de sécurité.

Ses missions, ses équipements et ses infrastructures sont redistribués :

au Groupement mobile d’intervention (GMI), chargé du maintien de l’ordre au Corps des gardiens de la paix, intégré à la Police nationale puis, à partir de 1972, à la nouvelle administration pénitentiaire

Les anciens éléments sont reversés dans la police, perdant leur statut militaire et les avantages associés.

Le GMI, toujours basé à Thiès, devient une force mobile d’intervention, à statut civil mais inspirée des modèles militaires, rattachée au ministère de l’Intérieur.

Préserver la mémoire d’un héritage sécuritaire

Aujourd’hui, le Regroupement des enfants de Gardes républicains (REGAR) œuvre pour conserver l’histoire de ce corps disparu.

Un ouvrage retraçant ses faits marquants a été publié, et un projet de musée est à l’étude. L’objectif : ancrer cette mémoire dans le patrimoine national, potentiellement au sein du Camp Tropical de Thiès ou au siège de l’association.


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