ÉDITORIAL PAR ABDOUL AZIZ DIOP
Hommage posthume à Elionor Ostrom au moment où le gouvernement de Macky Sall prive les Sénégalais du bien commun qu'est Internet...
Dans un contexte où l’indifférence couvre d’un voile opaque les thèses les plus justes quand elle ne raille ou ne pourfend les certitudes approximatives, l’Afrique peut-elle encore se frayer un chemin à elle ? Une chose est sûre : Le monde avance sans nous ! La preuve ? Pas un seul Africain n’est primé par un seul des prestigieux comités du Nobel qui, chaque année, récompensent les hommes et les femmes qui ont su se montrer utiles à leurs semblables en se libérant de l’égoïsme.
Alfred Nobel (1833-1896), lui, tourna définitivement le dos à l’individualisme quand il décida de mettre sa fortune au service de la science, de la littérature et de la paix. Les cinq premiers prix Nobel décernés en 1901 confortèrent le testament qui autorisa l’utilisation des actifs de l’industriel et scientifique suédois pour gratifier d’une reconnaissance planétaire les personnes qui ont conféré à l’humanité un bienfait remarquable dans les domaines de la physique, de la chimie, de la médecine, de la physiologie, de la littérature et de la paix. Décerné depuis 1969 sur financement de la banque centrale suédoise, le Nobel d’économie est le seul prix qui ne figure pas dans le legs du philanthrope suédois.
En 2009, cette récompense est attribuée à deux Américains dont une femme du nom d’Elionor Ostrom. Ostrom fit œuvre utile quand elle a « démontré comment (…) le libre accès à des ressources communes peut avoir une efficacité économique plus forte que l’appropriation des biens par un petit nombre ». Au total, Ostrom défend la propriété collective contre la confiscation par quelques-uns seulement des biens matériels et immatériels. Mais pour être efficace, souligne-t-elle, la copropriété a besoin des règles consensuelles des copropriétaires. Il ne fait aucun doute que des arrière-pensées politiques sont pour quelque chose dans la désignation d’Ostrom. Comme aussi dans celle d’Olivier Williamson de l’Université californienne de Berkeley – l’autre Nobel de l’Économie – dont les efforts de recherche sur «la gouvernance économique » ont permis de montrer à côté de ceux d’Ostrom comment « les usagers [développent] (…) des mécanismes sophistiqués de prise de décisions et de réglementation pour prévenir les conflits d’intérêts ».
L’immortalité des thèses des deux économistes américains s’est doublée d’une autre depuis l’attribution, le 5 octobre 2009 à Stockholm, du prix Nobel de Médecine au trio américano-australien – Blackburn- Greider-Szostak – découvreur de la télomérase, « l’enzyme de l’immortalité qui protège les cellules du vieillissement. Bonne nouvelle pour les apprentis dictateurs qui rêvent de mourir au pouvoir ! Mais la peur changea de camp dès le couronnement de la romancière allemande d’origine roumaine Herta Müller. L’Académie suédoise décida de primer celle qui a « dessiné les paysages de l’abandon » en élevant sa voix de femme contre le despote des Carpates, Nicolae Ceausescu. La lueur qui jaillit de la voix de Müller n’est pas moins éblouissante que celle qui vaut aux « maîtres de la lumière » (Williard Boyle, George Smith et Charles Kao) le prix Nobel de Physique pour leurs travaux sur les semi-conducteurs et la fibre optique.
La voie vers de nouveaux antibiotiques est ouverte grâce au dévouement du trio américano-israélien – Ramakrishnan-Steitz-Yonath – auréolé du prix Nobel de Chimie. Annonce-t-elle la fin d’une certaine insensibilité devant le sort tragique des zones de conflits en proie aux maladies infectieuses ? Pas avant que la paix ne soit partout ! Aussi l’évocation par le comité du Nobel du « nouveau climat dans les relations politiques internationales [et] de la diplomatie multilatérale », depuis l’élection de Barack Obama, doit-elle être perçue par le prix Nobel de la Paix comme une incitation au retrait d’Afghanistan après le retour de l’Irak aux mains des Iraquiens. L’empathie – annonciatrice de la fin des égoïsmes – commence quand la copropriété du monde et du climat, vainement débattu à Copenhague, irradie tous les esprits.
