LUCIDITÉ FACE À UNE BANALISATION QUI INTERROGE

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Le débat actuel mérite mieux que des réactions épidermiques. Il exige lucidité, recul et sens des responsabilités.

Au-delà des émotions, des surprises, des révélations et même des graves questions liées au respect du secret médical, un phénomène s’impose : une banalisation progressive, méthodique, qui finit par installer dans l’espace public ce que notre société avait jusque-là du mal à nommer.

Face au rejet clairement exprimé par nos valeurs, nos croyances et nos autorités, une autre stratégie semble se déployer : faire du phénomène un sujet courant, l’imposer dans l’actualité, l’exposer jusqu’à saturation. Et force est de constater que cela produit des résultats.

Aujourd’hui, le débat a quitté le registre de la retenue. Nous assistons à une véritable dérive vers ce que l’on peut appeler une pornographie verbale. Des aveux sont faits, sans contrainte apparente, avec un niveau de détail, de crudité et de mise en scène qui dépasse l’entendement. Des récits dignes de scénarios de films pornographiques sont livrés publiquement, sans gêne, sans retenue.

Une question s’impose : pourquoi ?
Qu’est-ce qui pousse à exposer ainsi, sans complexe, l’intime dans ce qu’il a de plus cru ?
Qu’y gagne-t-on ?
S’agit-il d’une quête d’argent, de promesses d’une vie meilleure ailleurs, ou d’une logique plus organisée de banalisation et de diffusion ?

Cette évolution mérite une lecture approfondie. Elle interpelle sociologues, psychologues, communicateurs, leaders religieux et acteurs culturels. Il nous faut comprendre ce qui arrive à notre société, qui semble perdre ses filtres, et dont la jeunesse apparaît comme la cible principale.

Sur le plan sanitaire, il faut aussi rétablir des vérités. La maladie, notamment le VIH, n’est plus ce qu’elle était. Les progrès sont réels : du traitement lourd d’hier, on est passé à des prises simplifiées, voire à des solutions injectables de longue durée. Les patients suivis peuvent vivre, fonder une famille et ne pas transmettre la maladie lorsque les protocoles sont respectés. Cela impose une communication responsable : encourager le dépistage, protéger le secret médical, accompagner les malades avec dignité.

Mais cette réalité médicale ne doit pas être instrumentalisée pour accompagner une banalisation des comportements. Ce sont deux registres différents.

Le véritable enjeu aujourd’hui est celui de la banalisation. Une banalisation amplifiée par certains contenus médiatiques et numériques. Informer est un devoir. Faire de la publicité indirecte par la répétition, la spectacularisation et l’excès en est un autre.

Nos médias doivent faire la différence.

Il en va aussi de la protection de la jeunesse. Les réseaux sociaux exposent de plus en plus tôt les enfants à des contenus inadaptés : danses obscènes, propos déplacés, mises en scène précoces qui les livrent à des regards et à des influences qu’ils ne maîtrisent pas. Cela constitue une atteinte grave à leur innocence et à leur construction.

L’État doit prendre toute la mesure de cette situation. Il s’agit d’un enjeu de sécurité, de souveraineté culturelle et de dignité. La régulation, la protection des mineurs et la préservation de notre socle de valeurs ne peuvent être reléguées au second plan.

Enfin, la réponse est aussi sociale et familiale. La reconstruction de la cellule familiale, le renforcement de l’autorité parentale, l’implication de l’entourage et du voisinage sont essentiels. Il ne faut pas abdiquer.

Comme le dit l’adage wolof : “biir du fenn” le for intérieur ne ment pas. Ce qui se construit dans l’intimité des familles fonde la dignité et la solidité d’une société.
Thierno Lo
Républicain Libre


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