L’année 2025 donne l’image d’une économie sénégalaise résiliente. Avec une croissance de 6,7 %, une amélioration du solde extérieur et une inflation maîtrisée, les indicateurs semblent favorables. Pourtant, cette performance masque des fragilités profondes : une croissance peu inclusive, une baisse de l’investissement public et une dette de plus en plus coûteuse.
La croissance est largement tirée par les hydrocarbures. Hors de ce secteur, elle tombe à 2,2 %, et même 1,6 % hors hydrocarbures et agriculture. L’économie réelle progresse donc faiblement. Il s’agit d’une croissance enclavée, peu créatrice d’emplois.
Un autre paradoxe apparaît dans le secteur agricole : surproduction maraîchère, difficultés d’écoulement et mévente de l’arachide. Ainsi, malgré une production accrue, la valeur ajoutée reste faible, ce qui pèse sur la croissance hors hydrocarbures.
Le déficit commercial s’est réduit grâce à une hausse des exportations, notamment d’hydrocarbures. Mais cette amélioration reste conjoncturelle et dépendante des prix internationaux, sans véritable transformation structurelle de l’économie.
La faible inflation reflète la stabilité monétaire, mais aussi une demande intérieure modérée, signe d’une économie en deçà de son potentiel.
La situation de l’emploi est particulièrement préoccupante. Le taux d’emploi s’est détérioré, passant de 46 % en 2023 à 39,5 % en 2025. Selon l’ANSD, le taux de chômage élargi est passé de 18,6 % au T2 2023 à 21,7 % au T1 2025, puis 23,3 % au T4 2025, touchant davantage les jeunes (27,4 %) et les femmes. Avec 200 000 nouveaux entrants chaque année, une croissance hors hydrocarbures aussi faible ne permet pas d’absorber la main-d’œuvre.
L’investissement public a fortement reculé, avec une baisse de –44,6 % par rapport à 2024. Cette contraction traduit les contraintes budgétaires et compromet les perspectives de croissance.
La dette constitue le point le plus critique. Le Sénégal est dans une logique de refinancement permanent, avec des taux élevés et des maturités plus courtes. Le recours aux TRS illustre une trésorerie sous tension. Les intérêts et commissions absorbent environ 25 % des recettes fiscales, soit plus que les dépenses cumulées consacrées à l’agriculture, la santé et l’enseignement supérieur et la recherche.
Au total, l’économie fonctionne à deux vitesses : un secteur extractif dynamique mais peu créateur d’emplois, et une économie domestique en difficulté. Ce décalage entre croissance et développement résume le paradoxe de 2025.
Le Sénégal fait face à une crise de qualité de la croissance. Tant qu’elle ne sera pas plus inclusive et soutenable, elle restera sans impact réel sur le bien-être.
Si la guerre au Moyen-Orient persiste, les effets pourraient être graves : hausse des prix de l’énergie, inflation, augmentation des taux d’intérêt. Dans ce contexte, le pays pourrait faire face à un véritable KO économique.
Il devient urgent de bâtir un consensus national autour d’un programme crédible de redressement économique et social.
Pr Amath Ndiaye
FASEG – UCAD

