Au Sénégal, le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse (CDEPS) et l’APPEL annoncent une plainte contre l’État. En cause : la répartition contestée du Fonds d’appui et de développement de la presse (FADP) 2025, jugée illégale et opaque.
Une plainte imminente pour détournement de fonds publics
Le bras de fer s’intensifie entre une partie de la presse privée et le ministère de la Communication.
Le mercredi 8 avril 2026 à Dakar, le CDEPS et l’APPEL ont annoncé leur décision de saisir l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) ainsi que la justice.
Motif : des soupçons de « détournement de deniers publics », de « détournement d’objectif » et une « opacité persistante » dans la gestion du FADP 2025.
La déclaration a été faite lors d’une conférence de presse à la Maison de la presse Babacar Touré, au lendemain des explications fournies par le ministère sur la clé de répartition du fonds.
Une répartition jugée illégale et contraire aux textes
Au cœur de la contestation : le non-respect présumé du décret de 2021 qui encadre le FADP.
Selon les organisations professionnelles, ce texte définit clairement les bénéficiaires du fonds, principalement orienté vers la presse privée et les acteurs du secteur.
Or, elles accusent le ministère d’avoir élargi de manière unilatérale la liste des bénéficiaires à des médias publics.
Une décision jugée « contraire à l’esprit et à la lettre du décret », dénoncée comme une « violation flagrante des règles d’attribution ».
Des montants controversés au profit des médias publics
Les critiques portent aussi sur les montants alloués.
Selon les responsables du CDEPS, une part importante du fonds aurait été attribuée à des structures publiques déjà financées par le budget de l’État.
Certaines estimations évoquent près de 42 % du FADP captés par ces entités, au détriment des médias privés.
Les organisations dénoncent un « détournement de finalité » d’un fonds initialement conçu pour soutenir la presse indépendante.
Des décisions de justice ignorées ?
Autre point de tension : le respect des décisions judiciaires.
Le CDEPS affirme avoir déjà obtenu gain de cause dans un précédent recours contre la réforme de la plateforme de déclaration des médias.
Mais selon ses membres, ces décisions n’auraient pas été prises en compte dans le processus actuel de répartition.
Une situation qualifiée de « violation de l’autorité de la chose jugée ».
Un climat de défiance entre l’État et la presse
Au-delà des aspects juridiques, l’affaire révèle une fracture profonde.
Les organisations professionnelles dénoncent :
des procédures jugées discriminatoires un manque de transparence des délais de dépôt jugés trop courts et une absence de communication claire avec les acteurs du secteur
De son côté, le ministère assure avoir appliqué les critères réglementaires et se dit ouvert au dialogue.
Un enjeu majeur pour l’avenir de la presse sénégalaise
Pour le CDEPS et l’APPEL, l’enjeu dépasse la simple répartition financière.
Ils estiment que la crédibilité du mécanisme de soutien public à la presse est aujourd’hui en jeu.
Et, au-delà, l’équilibre du paysage médiatique sénégalais.
La procédure annoncée devant l’OFNAC et les juridictions compétentes pourrait ainsi marquer un tournant dans la gouvernance du secteur.
