Nigeria : l’ancien président Muhammadu Buhari est mort à 82 ans

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L’ancien chef de l’État nigérian Muhammadu Buhari est décédé ce dimanche 13 février 2025 à l’âge de 82 ans. Figure emblématique et controversée de la vie politique nigériane, il restera dans l’histoire comme l’un des rares dirigeants à avoir dirigé le pays à la fois en tant que militaire putschiste et en tant que président élu.

Selon les premières informations relayées par RFI et confirmées par son ancien porte-parole, Muhammadu Buhari s’est éteint après plusieurs années marquées par des ennuis de santé et un bilan politique contrasté.

Une trajectoire hors normes, entre caserne et urnes

Né en 1942 dans l’État du Katsina, dans le nord du Nigeria, Buhari grandit dans une famille nombreuse. Fils d’un chef traditionnel Fulani qu’il ne connaîtra jamais, il devient orphelin de père à l’âge de quatre ans. Sa mère l’oriente vers une carrière militaire, qu’il embrasse dès l’indépendance du pays en 1960.

Formé au Royaume-Uni, il y acquiert une discipline rigide qui marquera toute sa vie publique. Il gravit rapidement les échelons au sein de l’armée, se faisant remarquer notamment lors d’opérations militaires au Lac Tchad.

En 1983, à seulement 41 ans, le général Buhari renverse le président élu Shehu Shagari, accusé de corruption. Il devient chef d’État à la suite d’un coup d’État militaire, imposant une vision autoritaire de la gouvernance, fondée sur la discipline et l’ordre moral.

Le « Buharisme » : autorité, austérité et répression

Son régime militaire reste marqué par des mesures drastiques et des atteintes aux libertés. Les retards au travail étaient sanctionnés par des humiliations publiques, et les citoyens contraints de faire la queue sous peine de châtiments physiques.

Symbole de cette répression : l’arrestation du célèbre musicien Fela Kuti, critique du régime, sous des motifs largement jugés fallacieux.

En 1985, Buhari est lui-même renversé par le général Ibrahim Babangida et passe trois ans en détention. Mais l’homme n’a jamais renoncé à la politique.

Le retour du général : Buhari, président démocratiquement élu

Après plusieurs échecs électoraux, Muhammadu Buhari revient sur le devant de la scène en 2015, devenant le premier opposant à faire basculer le pouvoir par les urnes au Nigeria. Il bat le président sortant Goodluck Jonathan avec 54 % des voix.

Présenté comme le champion de la lutte contre la corruption et du redressement sécuritaire, Buhari suscite beaucoup d’espoirs. Mais rapidement, sa présidence déçoit.

Surnommé « Baba-Go-Slow », il met six mois à former son gouvernement. La chute des prix du pétrole plonge le pays en récession. Son état de santé fragilise sa présidence, notamment lors d’une longue absence en 2017 de plus de cinq mois, sans communication claire.

Crises, dérives et contestation

En 2016, son épouse Aisha Buhari le critique publiquement, affirmant qu’elle ne soutiendra pas sa réélection s’il continue à ignorer son entourage politique. La réponse de Buhari — « Sa place est à la cuisine, au salon et dans la chambre » — choque jusqu’à la chancelière allemande Angela Merkel, présente lors de cette déclaration.

La crise atteint son paroxysme en 2020 avec le mouvement #EndSARS, né pour dénoncer les violences policières. La répression du mouvement, notamment le massacre du péage de Lekki à Lagos, choque l’opinion internationale.

Puis, en 2021, le président interdit Twitter au Nigeria, après la suppression de l’un de ses tweets jugés violents par la plateforme. Cette décision suscite une vague de critiques, y compris celle du prix Nobel Wole Soyinka, qui dénonce un « spasme dictatorial ».

Un bilan en demi-teinte

Malgré des victoires militaires contre Boko Haram, qui ne parviendra pas à instaurer de califat, Buhari échoue à éradiquer l’insécurité au nord du pays. Son second mandat est plombé par une économie en crise : inflation galopante, dépréciation du naira, chômage élevé, explosion des prises d’otages contre rançon.

Comme le résumait avant l’élection de 2019 l’écrivain Chigozie Obioma, le mandat de Buhari semblait « voué à l’échec », dans un système politique complexe, tiraillé entre traditions locales et modèle démocratique occidental.

Muhammadu Buhari : héritage d’un homme fort au destin contrasté

Muhammadu Buhari incarne à lui seul une partie de l’histoire contemporaine du Nigeria. De général putschiste à président démocratiquement élu, il aura été le symbole de l’autorité et de l’ordre, mais aussi celui des dérives autoritaires, de l’immobilisme et des espoirs déçus.

Son décès à 82 ans clôt une ère politique marquée par la tension entre stabilité et répression, modernité et conservatisme.


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